WARMALIS 2 - Journal et Livre de bord

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Après le succès de la campagne Warmalis1 en 2021, et ce malgré une situation complexe en raison de la pandémie de Covid, la CPS, en collaboration avec l'IRD, poursuivent leur série de campagnes WARMALIS.

Pour cette deuxième campagne, Warmalis2, nous allons traverser l'océan Pacifique central du sud au nord en partant de Papeete en Polynésie Française pour remonter vers le nord et traverser les Iles de la Ligne de Kiribati pour terminer notre travail dans les eaux internationales.

Cruise planned track

Plan de campagne prévu pour Warmalis 2.


L'objectif du projet est de comprendre le fonctionnement de l'écosystème océanique pélagique et de déterminer son influence sur les ressources en thon dans la région du Pacifique occidental et central. Notre projet étudiera les niveaux trophiques intermédiaires (zooplancton et micronecton) des grands écosystèmes pélagiques du Pacifique d’où proviennent plus de 50% des captures mondiales de thon. Le zooplancton et le micronecton sont des éléments qui relient les facteurs physiques/chimiques de l’océan, qui influencent leur distribution et leur abondance, à la mégafaune (par exemple le thon, les mammifères marins, les oiseaux de mer) qui sont leurs prédateurs. Le but de notre projet est de combler l'importante lacune dans les connaissances sur les grands écosystèmes pélagiques du Pacifique. Notre objectif est d'apporter des connaissances scientifiques pour une gestion durable des ressources pélagiques en comprenant le fonctionnement des écosystèmes pélagiques (du niveau physique aux niveaux biologiques intermédiaires) et en collectant des observations pour valider et améliorer les modèles d'écosystèmes utilisés pour analyser les ressources en thon (SEAPODYM).

Example microneckton Warmalis1

Exemple de capture de micronecton pendant Warmalis1, avec des petits poissons et des crevettes communément consommés par les thons et autres prédateurs supérieurs. (Photo : V. Allain, SPC-IRD)


Les campagnes Warmalis sont pluridisciplinaires, et nous collecterons des données physico-chimiques de l'eau de mer ainsi que des données sur le zooplancton et le micronecton. Pour caractériser les conditions physico-chimiques et la production primaire, nous mesurerons la température, la salinité, l'oxygène, la fluorescence, la lumière, les courants, les nutriments, les pigments photosynthétiques, l'abondance du phytoplancton, la production primaire, les communautés phytoplanctoniques. La production secondaire (zooplancton, micronecton) sera mesurée par échantillonnage acoustique (TAPS, WBAT, S-ADCP, EK60) et au filet pour zooplancton et pour micronecton.

Débutant le 14 septembre, la campagne durera 21 jours pendant lesquels 15 stations d'échantillonnage seront effectuées si les conditions météo nous le permettent. Nous devrions atteindre Kiritimati fin septembre, début octobre pour le ravitaillement. En l’absence de liaisons aériennes à Kiritimati en raison de la pandémie de Covid, l’équipe scientifique restera à bord du bateau qui reprendra la route vers Noumea après le ravitaillement avec un débarquement de l’équipe scientifique à Samoa, 6 jours après le ravitaillement.

Cette campagne a la particularité d’être la toute dernière campagne de l’Alis, navire de la flotte océanographique française. Après plus de 30 ans de bons et loyaux service, l’Alis va prendre sa retraite à l’issue de cette mission.

Example microneckton Warmalis1

Le navire oceanographique Alis quittant le port de Nouméa en 2021 pour la campagne Warmalis1 (Photo: K. Bussone, IRD-SPC)


Cette campagne, entrant dans le cadre du projet MICROPAC, est réalisée avec le soutien financier du ministère français des Armées (Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives), du ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères (Fonds Pacifique), de la flotte océanographique française, de la CPS et de l’IRD.




Blog journalier

Après une grève d’avion qui nous a fait craindre le pire, finalement une bonne partie de l’équipe scientifique et une partie de l’équipage a pu rejoindre avec 2 jours de retard le reste du groupe qui était déjà à Tahiti depuis le 9 septembre. Ce lundi matin les embarquants ont fait un test covid pour s’assurer que tout le monde était négatif avant d’embarquer ; la sécurité reste primordiale quand on part en mer, loin des terres, pour une longue période.

La journée a été longue et chargée avec le déballage des équipements qui avaient transité avec le bateau entre la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie Française quelques mois plus tôt. Certains équipements comme l’instrument acoustique WBAT et le filet à zooplancton Hydrobios sont eux arrivés en avion depuis l’Europe. Il y a eu beaucoup de travail de logistique pour préparer cette mission.

Il a ensuite fallu monter les instruments qui étaient démontés, les mettre dans les structures inox qui les protègent, et installés toute l’électronique et les câbles. L’étape suivante consiste à contrôler toutes les connexions et le bon fonctionnement des instruments. Le rangement de tout le matériel dans le labo humide et le labo sec reste un défi, c’est un jeu de Tetris géant avec beaucoup de choses à caser dans un petit espace.

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L'alis à quai à Pepeete.


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Déballer les multiples caisses d’équipement.


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L’équipage nous a aidé a sortir les gros équipements des caisses (l’Hydrobios pour collecter le zooplancton sur la photo) et a trouver de la place pour ranger les caisses vidées.


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Les électroniciens installent les commandes pour chacun des instruments.


Pour notre deuxième journée de mobilisation nous devons vérifier le fonctionnement de tous les appareils et finir la mise en place de tout l’equipement. Les manipulations s’enchainent et tout fonctionne plutôt bien mais le temps passe vite, tout le monde est bien occupé.

Nous décidons de réaliser la calibration du WBAT, pour que cet instrument acoustique qui permet de détecter le micronecton puisse nous donner des résultats standards de bonne qualité. La manœuvre consiste à mettre le WBAT à l’eau à l’arrière du bateau et à placer sous celui-ci une bille de tungstène de 3.8cm de diamètre dont la signature acoustique est connue. Alors que le WBAT est un bijou de technologie, nous utilisons des manches à balai et du fil de pêche pour suspendre la bille sous l’appareil et la déplacer pour qu’elle soit repérer dans le faisceau de l’instrument. Sur l’écran de l’ordinateur on peut suivre l’acquisition de l’information en direct. Un traitement informatique de la donnée permet de compléter la calibration.

Pendant ce temps l’équipage complète le ravitaillement du bateau car nous partons en autonomie complète pendant 3 semaines et il faut pouvoir nourrir 18 personnes pendant cette période.

Nous avons l’impression d’être proche de la fin de notre journée quand nous réalisons qu’une mauvaise manip a été réalisée sur le TAPS, un autre instrument acoustique qui permet d’observer le zooplancton. Il n’est plus fonctionnel et il va falloir l’ouvrir pour essayer de le réinitialiser. C’est un très gros travail, sans garantie de réussite.

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Installation des filets à zooplancton.


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Mise à l’eau du WBAT pour la calibration à l’arrière du bateau dans le port de Papeete.


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Calibration du WBAT avec des manches à balais pour déplacer la bille de calibration sous l’appareil.


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Lors de la calibration du WBAT, on peut voir l’acquisition des données en temps réel.


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Embarquement des vivres par l’equipage.


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Démontage du TAPS pour essayer de le réinitialiser.


Nous avons quitté le port de Papeete un peu après 9h00 du matin pour faire route vers la première station. Nous avons contourné Moorea par le sud et dès que nous avons quitté l’abri des îles nous avons été embarqués dans une houle relativement forte. Pour ceux d’entre nous qui avons le mal de mer, c’est une rude épreuve et plus d’un est allé s’allonger après avoir redonner son repas aux poissons.

Malgré tout nous avons commencé la première station à 14h00 et nous avons enchainé les manip jusqu’à minuit. Comme pour toute première station, il y a eu un certain nombre de couacs qu’il nous faudra rectifier avant la deuxième station. La CTD qui nous donne la profondeur sur l’instrument acoustique WBAT n’a pas fonctionné et il nous a fallu rester en surface pendant 40 minutes au lieu de descendre à 500m de profondeur en attendant que l’instrument termine son cycle d’acquisition de données car il ne doit pas sortir de l’eau pendant cette phase. Nous avons failli perdre l’hydrobios qui est le filet de collecte du zooplancton ; en effet l’un des points d’attache de l’instrument a cédé et il n'était plus suspendu que par un point. L’enchainement des manips n’étant pas rodé ni pour les scientifiques, ni pour les marins, tout a pris plus de temps et nous avons décidé de ne faire qu’un seul chalut au lieu de deux en fin de journée. Tout le monde était aussi très éprouvé par cette longue journée dans des conditions de mer très difficiles.

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L’équipe des scientifiques juste avant le départ, de gauche à droite, Christophe, Martine, Valerie, Damien, Laure et Anne.


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L’Alis quitte le port de Tahiti sous un magnifique ciel bleu qui ne laisse rien présager de l’état de la mer très houleuse.


La météo est très difficile avec une houle de 2.5-3m et beaucoup de vent. Les instruments et les équipes sont mis à rude épreuve. Après la première descente de la rosette qui porte des capteurs (lumière, salinité, oxygène, fluorescence, température, profondeur) et des bouteilles pour prélever de l’eau de mer à différentes profondeurs, on constate que le câble électroporteur qui porte l’instrument et lui envoie les commandes est abimé. Il faut donc couper le câble pour enlever la partie endommagée et refaire une épissure pour s’assurer que le câble ne cède pas pendant les manœuvres. C’est un gros travail pour notre électronicien surtout dans les conditions actuelles avec le bateau qui bouge beaucoup.

Pendant ce temps nous décidons de réaliser une descente d’un filet à zooplancton avec 2 filets de maille 0.2 et 0.1mm. Les filets sont installés sur un châssis metallique avec 2 cerceaux. Le système est leste pour pouvoir descendre sans être déporté par les courants. Nous collectons ainsi le zooplancton entre 500m de profondeur et la surface. Notre objectif est de pouvoir comparer le zooplancton capture dans chacun des filets, c’est-à-dire les zooplancton dont la taille est supérieure à 0.2mm et celui dont la taille est supérieure à 0.1mm. Cela va nous permettre de calibrer les collectes de zooplancton entre nos anciennes campagnes faites avec des filets de 0.2mm et nos nouvelles campagnes faites avec des filets de 0.1mm.

Le câble electroporteur ayant été réparé, nous réalisons une deuxième descente de rosette puis l’hydrobios (filet à zooplancton à 5 nappes) et on constate une fois de plus que le câble est abimé. La forte houle crée d’importantes tensions dans le câble avec des saccades très brutales. Nous arrêtons donc là les opérations nécessitant le câble, c’est-à-dire que nous ne faisons pas la descente du WBAT (instrument acoustique pour le micronecton), et nous réalisons un chalutage entre la surface et 200m de profondeur dans lequel nous ne récupérons que quelques poissons et crustacés.

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Damien, l’électronicien répare le câble electroporteur.


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Le Bongo, double filet à zooplancton.


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La maigre capture du jour.


Nous avions espéré que le temps mollisse un peu et cela semblait être le cas mais dès la première descente de rosette nous avons déchanté. La récupération de l’instrument a été très difficile et pour la sécurité des marins et l’intégrité des instrument nous avons décidé de ne pas faire la deuxième descente. En attendant la nuit pour la suite des opérations nous avons préparé le filet à zooplancton bongo mais un tuyau du système hydraulique a cédé. L’équipage a réagi très vite en arrêtant la pompe hydraulique et en sortant l’équipement antipollution absorbant et la fuite a été très vite maitrisée sans aucun déversement à la mer. L’équipe des mécano s’est alors mobilisée pour faire une réparation car sans hydraulique qui permet de faire fonctionner les treuils, nous ne pouvons mettre aucun instrument à l’eau.

La réparation a été rapidement effectuée et nous avons pu reprendre les manips en mettant le filet à zooplancton Hydrobios à 5 nappes à l’eau, puis le WBAT. Enfin ! c’est le premier profil WBAT de la campagne après les soucis des 2 premières stations.

Nous avons pu faire deux chalutages, un en surface, entre la surface et 200m de profondeur et un deuxième chalutage à 500m de profondeur. Dans le premier chalut il y avait un petit requin de moins de 30cm que nous avons relâché vivant à la mer.

Un petit thon jaune a été capturé à la ligne de traine et quelques calamars ont sauté sur le pont, nous les avons remis à l’eau ; certains de leur collègues n’ont pas eu cette chance puisque nous avions des encornets au menu du soir.

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Récupération sportive de la rosette à cause de la houle.


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Les mécanos en action : Victor, Lucas et Yan.


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La capture du chalutage de surface avec un petit requin « cookie-cutter shark ».


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Le thon pêché à la traine.


La nuit a été très agitée, la météo a encore forci. Les moindres gestes du quotidien sont très pénibles et nous avons une pensée particulière pour nos cuistots, Jacques et Matéo, qui tous les jours, quelques soient les conditions nous préparent à manger et nous servent.

Nous avons quitté les eaux de Polynésie Française et sommes entrés dans les eaux de Kiribati, dans les îles de la Ligne. A notre arrivée sur la station la houle est moins difficile que la veille quand nous avions une houle croisée, d’après Antoine notre second capitaine. Et effectivement les manœuvres sont plus simples et moins dangereuses pour les marins et les instruments.

Nous avions rêvé d’une station qui se déroule sans accrocs après avoir enchainé 2 descentes de rosette à 250m puis 600m et un échantillonnage de zooplancton avec le Multinet Hydrobios, malheureusement le câble electroporteur a encore vrillé à cause des à-coups et du pilonnage du bateau. On finit par abandonner l’idée de faire une descente de l’instrument acoustique WBAT et nous terminons la journée par 2 chalutages de micronecton à 200 et 500m. On pêche un peu mieux que la veille et cela fait plaisir de voir un contenu de chalut un peu plus conséquent avec des poissons et des crevettes intéressants. Le travail se termine à minuit passé et la station dure en tout 8 heures quand tout va bien.

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Jacques et Matéo, nos cuisiniers.


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Antoine, notre second capitaine à la manœuvre.


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La rosette est de retour à bord, tout le monde s’affaire pour fixer l’instrument et faire les prélèvements.


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Martine fait les prélèvements d’eau pour mesurer le phytoplancton.


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Laure fait les prélèvements d’eau pour la mesure d’oxygène dans l’eau.


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La capture du chalut de surface.


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Un juvénile de poisson-ruban et un poisson profonds avec un photophore rose au niveau de la tête.


Aujourd’hui nous espérions voir la terre car notre station d’échantillonnage était située à proximité d’un atoll : l’île Caroline aussi appelée île Millenium. Mais étant à une quinzaine de miles nautiques avec un peu de houle, il était impossible de distinguer cette terre basse affleurant au-dessus de l’eau. Par contre, sans doute en provenance de cette île, nous avons eu la visite de quelques frégates magnifiques qui nous ont accompagnées toute la journée, planant au-dessus du bateau. Nous avons aussi vu plus tard des fous et des sternes.

L'épissure du câble electroporteur ayant été refaite ce matin, une fois de plus, nous décidons de changer l’ordre des manips pour s’assurer d’acquérir un profil acoustique du WBAT et pour mettre en dernier la manip qui met la contrainte la plus forte sur le câble. Nous faisons donc le filet à zooplancton Multinet Hydrobios en dernier et des précautions supplémentaires sont prises à toutes les étapes. La stratégie est payante car le plan se déroule cette fois sans accrocs et toutes les manips s’enchainent et le câble semble avoir bien résister à la journée. C’est la station 5 et c’est la première station complète que nous pouvons effectuer ; pourvu que ça dure.

Les récoltes dans les filets à zooplancton restent maigres et nous espérons voir les quantités augmenter à l’approche de l’équateur. Aujourd’hui nous avons eu 2 gros spécimens (20-30cm) dans les chaluts : un calamar dans le premier et un poisson dans le deuxième, avec une belle diversité de poissons et crevettes. Nous avons acquis une balance à compensation pour tenter de peser les organismes gélatineux frais, car une fois congelés puis décongelés au laboratoire, ils perdent toute leur eau et nous n’avons pas d’estimation réelle de leur poids. Mais avec un bateau qui bouge énormément, cela reste difficile d’obtenir des données de bonne qualité.

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Nous avons eu la visite de frégates.


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Valérie récupère le zooplancton.


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La récupération du micronecton.


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La capture du jour à 500m.


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Pesée des organismes gélatineux.


Fort de notre succès de la veille nous avons tenté de faire une station complète +, c’est-à-dire qu’en plus de l’ensemble des manips habituelles (2 rosettes, 1 Multinet Hydrobios pour le zooplancton, 1 WBAT, 2 chaluts), nous avons rajouté le filet à zooplancton double, le Bongo. Tout s’est parfaitement enchainé, il faut dire que la météo était un peu meilleure, facilitant grandement les mises à l’eau.

La journée se termine avec 2 chalutages qui nous amènent une nouvelle fois des spécimens étranges. Le chalut est constitué de mailles de tailles différentes, se terminant par des mailles carrées de 1cm de côté. Le chalut mesure 55m de long et a une ouverture théorique de 10x10mètres, soit une superficie d’ouverture de 100m2. Le filet est maintenu grand ouvert grâce à 2 grands panneaux métalliques qui écartent les ailes du chalut ; ces panneaux très lourds rendent les manœuvres délicates.

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Mise à l’eau du Bongo pour le zooplancton par Jean et Vincent, le bosco du bord et un des marins.


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Préparation du WBAT au coucher du soleil.


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Sortie des panneaux du chalut.


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Mise à l’eau du chalut.


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Récupération du contenu du cul du chalut.


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Un poisson mordoré


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Un poisson grande bouche


La houle s’est à nouveau fait sentir aujourd’hui, en particulier pendant le trajet plein nord vers la nouvelle station d’échantillonnage. Avec une houle et des vagues de côté, le bateau bouge énormément. Nous sommes sortis des eaux de Kiribati et nous sommes désormais dans les eaux internationales.

Hier lors du premier chalutage des trous ont été constatés au niveau du cul du chalut laissant supposer que des poissons avaient pu s’échapper du filet. Les marins avaient fait une rapide réparation pour pouvoir effectuer le deuxième chalut. Ce matin il a fallu reprendre les choses à tête reposée et Edwin, l’un des marins a pris son aiguille à ramander pour rapiécer et coudre des pièces de filet neuf pour boucher les trous. Laure en a profité pour être initiée à cet art du marin qu’est la réparation des filets de pêche.

Les marins ont profité du temps d’attente lorsque que les instruments sont à l’eau en stationnaire pour lancer des lignes de pêche et ils ont capturé un mahi mahi qui a aussitôt été pris en charge par la cuisine, probablement pour le menu de demain.

Nous avons eu quelques soucis avec le Multinet Hydrobios pour le zooplancton et nous avons pris une demi-heure de retard sur le programme ce qui ne nous a pas permis de faire le deuxième chalut profond. Mais il semble que la récolte de zooplancton soit nettement plus grande, nous nous approchons des zones riches de l’équateur.

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Edwin raccommode le filet.


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Laure s’initie au ramendage.


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La pêche du jour


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Une récolte de zooplancton plus importante que d’habitude ; on pense distinguer des petites méduses.


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Jeff, le commandant s’assure du bon déroulement du chalutage.


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L’équipe chalut (Christophe et Valérie) prête à intervenir.


Aujourd’hui, malgré la houle et les vagues de travers, nous avons réussi à refaire une station +.

Le contenu du chalut était un peu plus chargé que d’habitude avec notamment pas mal de Pyrosomes qui sont des organismes gélatineux dont la consistance est assez rigide et qui ont une forme de tube fermé à une extrémité. Tout comme le lama, le pyrosome a la particularité de nous cracher dessus quand on le manipule, il expulse un petit jet d’eau ; Laure en a fait les frais. On soupçonne ces organismes d’être à l’origine du signal acoustique observé ce soir. En effet, alors que les jours précédents le signal acoustique de nuit montrait une couche d’organismes plus dense autour des 50 mètres, ce soir cette couche était plus profonde, vers 135m de profondeur avec un signal plus fort à la fréquence 38kHz, par rapport aux fréquences 70, 120 et 200kHz.

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Mise à l’eau du filet à zooplancton Bongo dans la houle et les vagues.


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Des juvéniles de deux espèces de poissons-rubans dont les adultes peuvent faire plusieurs mètres de long.


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Un spécimen que nous avons nommé poisson-boa qui a un œil dont le diamètre fait plus de la moitié de la tête.


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Le contenu du chalut avec beaucoup d’organismes gélatineux et notamment des pyrosomes.


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Echogramme du signal acoustique. Le signal acoustique est représenté en fonction de la profondeur (axe vertical) et du temps (axe horizontal). Les couleurs jaune-rouge indiquent une plus forte densité d’organismes.


Sur le transit vers la station 9, à 2°S, nous avons observé sur l’échogramme du sondeur EK60, un ensemble de petites agrégations denses dans les 150 m premiers mètres. Le vide apparaissant autour de ces détections dans la couche superficielle (0-~180m) laisse penser que ce sont des prédateurs (tels que des thons ou autres grands prédateurs) se nourrissant des organismes micronectoniques présents dans la couche, ou encore qu’il y a une phénomène d’évitement de ces petits organismes en présence de ces agrégations, ou un peu des deux.

Nous avions de grands espoirs pour les chalutages de ce soir, notamment le chalutage de surface car la couche acoustique était très dense. Mais déception, le contenu du chalut était très maigre. Il y avait cependant beaucoup de tous petits poissons pris dans les mailles du filet mais que l’on ne retrouvait pas dans le cul du chalut. Il est probable que ce soit les mêmes que les petits poissons capturés dans le filet à zooplancton.

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Le signal acoustique est représenté en fonction de la profondeur (axe vertical, de la surface à 150m) et du temps (axe horizontal). Les couleurs jaune-rouge indiquent une plus forte densité d’organismes. Les taches vertes-rouges representent des grands predateurs et les points bleus des organismes de plus petite taille qui semblent s’écarter des prédateurs.


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De minuscules poissons dans l’échantillon de zooplancton et qui sont trop petits pour être capturés dans notre filet à micronecton.


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Contenu du chalut profond avec une magnifique méduse violette.


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Petit interlude détente au soleil avec lecture et musique jusqu’au moment où un coup de roulis plus fort embarque une vague qui inonde le pont ramenant tout le monde à l’intérieur, plus ou moins trempé.


Aujourd’hui nous sommes arrivés à l’équateur et si la météo était moins pire que les jours précédents, ce n’était pas le calme que l’on espérait pour passer cette ligne imaginaire. Nous avons tout de même marqué le coup avec une petite pancarte.

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Passage de l’équateur.


Nous avons quitté Tahiti vers la région équatoriale où les courants océaniques ont un comportement très particulier, vers la mystérieuse ligne équatoriale où l'on dit que l'eau qui tourne dans un évier change de direction.

Pendant que nous naviguions vers l'équateur le long du 150°W, la température de la surface de l'océan était mesurée en continu. De 26,5°C à Tahiti, la température a augmenté progressivement jusqu'à 8°S (27,5°C) et a diminué à nouveau lorsque nous nous sommes dirigés vers l'équateur avec une température de 26°C. La température maximale n'était pas située à l'équateur, contrairement à l'intuition.

En fait, cette région équatoriale du Pacifique central et oriental porte le nom d'upwelling équatorial, caractérisé par une température plus fraîche centrée sur l'équateur. À cet endroit et entre 1° nord et à 1° sud, les courants océaniques se comportent d'une manière très particulière.

En effet, nous avons rencontré une série de courants le long de la route, comme le montre la figure 1, avec des courants circulant principalement vers l'ouest dans les 400 premiers mètres de l'océan, atteignant au maximum 0,6 nœud, avec quelques petites alternances de courants vers l'est dans les 400 premiers mètres. Les courants qui s'écoulent principalement vers l'ouest constituent les courants équatoriaux sud (SEC). Lorsque nous avons atteint la région 1?S-1?N, nous avons rencontré une bande très étroite et intense de courants circulant vers l'est avec des courants atteignant jusqu'à 1 nœud dans les 400 premiers mètres. Ce courant étroit et rapide vers l'est est appelé le sous-courant équatorial (EUC).

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Figure 1, Panneau de gauche : les courants océaniques dans les 400 premiers mètres de l'océan (en bleu les courants vers l’est, en rouge vers l’ouest). Panneau de droite. La température de la surface de l'océan mesurée en continu par le thermosalinographe, l'instrument embarqué qui pompe l'eau de la surface.


Lorsqu'on examine la structure verticale de cet EUC, il apparaît qu'il s'agit d'un tube d'écoulement vers l'est situé juste sous le SEC, à une profondeur d'environ 50 à 150 mètres, et centré légèrement au sud de l'équateur. Ce type de courant existe aussi dans l’Atlantique à l'équateur.

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Figure 2 : Structure verticale des courants est-ouest (ou "zonaux", en haut, les couleurs jaunes indiquent des courants vers l’est et en bleu vers l’ouest) le long de la longitude 150°W.


Aujourd’hui était un jour sans. La fatigue des équipes et du matériel s’est fait sentir.

Pour commencer la météo a de nouveau forci rendant une nouvelle fois les manœuvres compliquées. Ensuite dès la première descente de rosette nous avons eu des soucis. Alors que la rosette était à 60m de profondeur des alarmes se sont déclenchées dans le PC science. On a aussitôt remonté la rosette pour constater que l’un des connecteurs avait pris l’eau. Il a donc fallu le remplacer et une heure plus tard nous avons pu remettre la rosette à l’eau.

Cependant entre la forte houle et le retard pris nous avons décidé de ne pas faire la deuxième rosette pour passer à la manip suivante, la descente du WBAT qui elle s’est bien passée. Pendant la troisième manip, alors que l’échantillonneur à zooplancton, le Multinet hydrobios, était à 400m de profondeur, en cours de remontée, une alarme incendie a retenti dans tout le bateau. De la fumée et une odeur de brulée se rependait à l’extérieur du bateau. Il a rapidement été identifié qu’il s’agissait d’un fumigène de bouée de sauvetage qui s’était déclenché de manière intempestive. Aucune répercussion donc, mais un bon coup d’adrénaline pour tout le monde.

Nous avons donc poursuivi les manœuvres et pour boucler la journée, dans le premier chalut nous avons eu un requin océanique d’environ 1.5 mètre de long qui était bien vivant et que nous avons aussitôt relâché. Mais il avait eu le temps de faire des dégâts dans le cul de chalut en faisant des gros trous dans le cul de chalut et donc nous n’avons récupéré que quelques crevettes. Il y avait beaucoup de travail de réparation à faire sur le chalut nous avons donc arrêté là cette journée riche en émotions. Demain est un autre jour.

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La maigre récolte du jour.


Après la dure journée d’hier, nous avons été rassurés de voir que tout s’est bien passé aujourd’hui. A part tout de même un couac sur la rosette à laquelle il a fallu enlever le capteur de lumière défectueux qui empêchait d’envoyer les commandes à l’instrument. Après l’intervention de notre électronicien, nous avons pu enchainer toutes les manips les unes après les autres sans problème, aidés par une météo légèrement plus clémente que la veille, mais loin du calme plat tout de même.

Nous avons particulièrement bien pêché. D’un part nous avons attrapé un mahi mahi avec une ligne de traine à l’arrière pour la cuisine et d’autre part avec le chalut à micronecton pour la science. Nous sommes dans des eaux riches, et grâce à des innovations de notre commandant sur le chalut pour faciliter l’arrivée des organismes jusqu’au fond du chalut, nous pêchons mieux.

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Programmation du WBAT juste avant sa mise à l’eau.


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Une bonne pêche en surface.


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Les captures du jour ont été riches en calamars et poulpes de toutes sortes.


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Nous avons aussi eu de magnifique spécimens de crevettes.


Aujourd’hui nous avons fait la dernière station de la mission Warmalis2, il s’agissait de la treizième station. Nous n’avons eu aucun soucis, tout s’est bien déroulé et nous avons terminé la journée par 2 chalutages comme les jours précédents.

Cependant le dernier chalut était un peu spécial puisqu’il s’agissait du chalut numéro 300 depuis que nous avons commencé cette étude en collaboration avec l’IRD et la CPS en 2011. Ces 300 chaluts ont tous été réalisés à bord l’Alis et plus de 95% ont été effectués sous la direction du capitaine Jean-Francois Barazer qui désespère un peu des faibles quantités pêchées mais qui essaie toujours d’améliorer la technique ; on le remercie pour tout cela.

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Celui-ci a été baptisé poisson gronchon, un contraction de grincheux et rochon.


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Un poulpe dont la tête avec ses tentacules est en haut de l’image mais qui en bas du corps présente 2 gros points (photophores) qui font penser à des yeux et 2 nageoires qui font penser à des oreilles ; un poulpe à deux têtes donc.


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Dernier chalut de la mission, et 300ème chalut pour notre équipe à bord de l’Alis depuis 2011. En casque rouge les marins, en casque jaune les scientifiques.


Après la station 13, nous avons changé de cap, direction sud-ouest vers notre port d’escale. Nous devions aller faire du fuel à Kiritimati mais des complications de logistique nous ont pousser à changer de plan et nous allons donc un peu plus loin à Apia aux Samoa. Nous avons 9-10 jours de transit devant nous. Nous changeons également de jour en repassant dans les eaux de Kiribati et nous perdons donc le mardi 27 septembre en un claquement de doigts.

Martine fait la dernière manip, c’est-à-dire la filtration de ses flacons permettant d’estimer la production du phytoplancton, ces microalgues qui flottent dans l’océan. En effet elle a laissé ses prélèvements de la station 13 pousser pendant 24 heures et il est donc temps de les filtrer pour récupérer les microalgues sur un filtre. Les filtres sont conservés au congélateur et les mesures seront faites au retour à terre en laboratoire.

Les marins commencent à ranger et nettoyer le matériel. En l’absence de manips il y a plus de temps disponible pour pêcher et pour faire quelques exercices comme la mesure de la position du bateau au sextant.

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Martine fait les dernières filtrations de la campagne.


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2 wahoo pris simultanément sur les 2 lignes de traine.


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Les drapeaux des Kiribati et de la Bretagne flottent côte à côte au mât de l’Alis ; une combinaison rarement vue sans doute.


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Antoine, le second prend des mesures de hauteur du soleil grâce à un sextant.


Nous profitons d’une météo légèrement plus clémente pour ranger le matériel, le rincer et graisser tous les instruments quand c’est nécessaire, pour éviter qu’ils rouillent.

Nous profitons aussi de la journée pour commencer à analyser les données collectées, mais cela reste difficile avec un bateau qui bouge.

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Nettoyage dans le labo.


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Nettoyage des filets à zooplancton.


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Soirée tisane.


Ce matin nous sommes en attente devant Apia, la capitale des Samoa. Cela fait du bien de voir la terre après 3 semaines en pleine mer. Apia nous offre une vue montagneuse, avec une végétation luxuriante et de grands bâtiments sur le bord de mer. Après le passage des service de santé qui sont venus en canot et qui vérifient que nous avons bien suivi le protocole covid (vaccin, test négatif au port de départ et prise de température quotidienne) nous avons le droit d’accoster.

L’Alis se met à quai entre un palangrier chinois et un énorme porte-conteneur ; à côté notre bateau semble tout petit et pourtant nous venons de faire 6000km sans toucher terre. Avant de mettre pied à terre il faut encore attendre le feu vert des services de l’immigration qui vérifient nos papiers et tamponnent nos passeports.

Enfin nous avons le droit de descendre. Pourtant nous restons encore à bord pour ranger tout le matériel. Le laboratoire humide est rempli avec toutes les caisses d’équipement. Ne resteront dehors que les plus gros équipements qui ne craignent pas les intempéries même s’ils sont abrités sous des bâches ou dans des caisses.

Après un dernier repas à bord du bateau, nous finissons par descendre à terre avec nos bagages. Un collègue du département des pêches de Samoa vient nous chercher pour nous déposer à l’hôtel. Les marins de l’Alis quant à eux assurent le ravitaillement en fuel et en nourriture et en fin d’après-midi ils repartiront pour une longue semaine de plus de transit vers Nouméa. Nous serons à les attendre à leur arrivée pour décharger tout le matériel et les précieux échantillons que nous avons collecté de haute lutte. La météo a été particulièrement difficile pendant ces 3 semaines et nous n’avons pas eu beaucoup de répit donc nous sommes assez contents de trouver un sol stable sous nos pieds.

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Vue de Apia à notre arrivée.


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Le labo humide se remplit de caisses de matériel.


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Une partie du matériel éparpillé sur le pont entre 2 averses.


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L’Alis à quai, à Apia, Samoa, juste à côté d’un porte-conteneur.


L’équipe scientifique avait quitté le bateau le 6 octobre à Apia et nous avons pu rentrer à Nouméa le 10 octobre par avion. Pendant ce temps le bateau a repris sa route également avec des conditions de mer toujours aussi difficile avec une très forte houle. L’Alis est ainsi arrivé à quai ce matin à Nouméa le 14 octobre.

Nous avons été content de revoir tout l’équipage qui s’activait pour débarquer le matériel lourd. Nous sommes venus récupérer les échantillons scientifiques précieux dans le congélateur pour les transférer au laboratoire avant que les congélateurs du bord ne soient arrêtés.

Le lundi 17 octobre nous retournerons au bateau pour récupérer l’ensemble de l’équipement scientifique et cela marquera la fin de la mission en mer. Commencera alors la longue phase d’analyse des échantillons et des données. Mais déjà nous commençons à penser à la prochaine mission, Warmalis3 qui, nous l’espérons devrait se dérouler en septembre-novembre 2023.

L’aventure continue.

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Déchargement des gros équipements avec la grue, sous un soleil radieux à Noumea.


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La laboratoire humide bien plein du matériel que nous déchargerons lundi.


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Descente aux congélateurs pour récupérer les échantillons.


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Nous avons donc rempli un congélateur bahut entier avec tous nos échantillons ; beaucoup de travail en perspective.




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Last Updated on Friday, 14 October 2022 17:25
 
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